L’alanine aminotransférase, encore désignée sous le sigle SGPT ou ALAT, est une enzyme produite principalement par les cellules du foie. Son dosage dans le sang reste l’un des marqueurs les plus prescrits pour évaluer la fonction hépatique. En 2026, la lecture de ce résultat a changé : un taux normal sur la feuille de résultats ne garantit plus l’absence de maladie du foie.
ALAT et SGPT : deux noms pour une même enzyme hépatique
Le terme alanine aminotransférase (ALAT) désigne exactement la même enzyme que la SGPT (sérum glutamyl-pyruvate transaminase). Le premier nom suit la nomenclature internationale actuelle, le second persiste sur certains comptes rendus de laboratoire français.
Cette enzyme intervient dans le métabolisme des acides aminés au sein des hépatocytes. Quand ces cellules sont endommagées, par une inflammation, une infection virale ou une surcharge en graisse, l’ALAT passe dans le sang. Le dosage mesure donc un signal de souffrance cellulaire, pas directement le fonctionnement global du foie.
C’est une distinction qui compte. Un foie peut perdre une part significative de sa capacité fonctionnelle sans que l’ALAT ne s’envole, notamment dans les formes chroniques et lentes de fibrose.
Pourquoi une ALAT normale ne suffit plus à rassurer en 2026

Pendant des décennies, un résultat d’ALAT situé dans les valeurs de référence du laboratoire était perçu comme rassurant. Ce raisonnement pose problème dans plusieurs situations cliniques documentées.
Certaines formes de stéatose hépatique métabolique (MASLD) progressent vers la fibrose alors que l’ALAT reste dans la fourchette dite normale. La cirrhose elle-même, à un stade avancé, peut s’accompagner d’un taux d’ALAT peu élevé, parce que la masse d’hépatocytes fonctionnels a déjà diminué.
Les seuils imprimés sur les résultats varient d’un laboratoire à l’autre. Certains fixent la limite supérieure autour de 45 U/L, d’autres montent plus haut. Ces écarts dépendent des techniques analytiques et de la population de référence utilisée pour calibrer les normes. Un résultat « dans les valeurs normales » n’a donc pas la même signification partout.
Un taux d’ALAT normal n’exclut pas une maladie hépatique silencieuse. C’est le point le plus sous-estimé par les patients qui reçoivent un bilan sanguin sans anomalie apparente.
Les examens complémentaires qui changent la donne
Interpréter l’ALAT isolément revient à lire un seul mot d’une phrase. La prise en charge actuelle repose sur un faisceau de marqueurs et d’examens d’imagerie.
Bilan hépatique élargi : ASAT, gamma-GT, bilirubine
Le médecin généraliste dispose de plusieurs enzymes et marqueurs à croiser avec l’ALAT :
- L’ASAT (aspartate aminotransférase) complète l’ALAT. Le rapport ASAT/ALAT oriente vers une origine alcoolique, musculaire ou hépatique de l’élévation.
- La gamma-GT réagit à l’alcool, à certains médicaments et aux maladies des voies biliaires. Une gamma-GT élevée associée à une ALAT normale pousse à explorer plus loin.
- La bilirubine et les phosphatases alcalines ajoutent des informations sur la fonction d’excrétion biliaire, absentes du dosage des transaminases seul.
Ce bilan combiné permet de distinguer une atteinte hépatocellulaire d’une cholestase, deux mécanismes très différents qui ne se traitent pas de la même façon.
Imagerie et élastométrie hépatique
Quand le bilan sanguin reste ambigu ou quand le contexte clinique le justifie (surpoids, consommation d’alcool régulière, antécédents familiaux), le médecin peut prescrire une échographie hépatique ou un FibroScan.
L’élastométrie hépatique mesure la rigidité du tissu du foie, un indicateur direct de fibrose que le dosage sanguin ne peut pas fournir. Un foie fibrosé peut afficher des transaminases strictement normales, ce qui rend l’imagerie complémentaire parfois plus informative que la prise de sang elle-même.

Élévation de l’ALAT : quand le médecin généraliste recontrôle et quand il oriente
Une élévation modérée de l’ALAT, découverte sur un bilan de routine, ne déclenche pas automatiquement une batterie d’examens. La démarche la plus fréquente consiste à recontrôler le dosage après quelques semaines, en écartant les facteurs transitoires.
Plusieurs causes temporaires peuvent élever l’ALAT sans maladie hépatique sous-jacente :
- La prise de certains médicaments hépatotoxiques (anti-inflammatoires, statines, antiépileptiques).
- Un effort physique intense dans les jours précédant la prise de sang, qui peut libérer des transaminases d’origine musculaire.
- Une consommation d’alcool récente, même modérée, qui suffit à perturber le résultat.
Si l’élévation persiste au deuxième contrôle, ou si le taux dépasse nettement la limite supérieure, le médecin généraliste oriente vers des sérologies virales (hépatite B, hépatite C), un bilan métabolique (glycémie, bilan lipidique) et éventuellement une consultation spécialisée en hépatologie.
La persistance de l’anomalie compte davantage que la valeur absolue lors d’une première découverte. Un taux légèrement au-dessus de la norme, retrouvé deux fois à un mois d’intervalle, justifie une exploration plus poussée qu’un pic isolé nettement plus élevé mais qui se normalise spontanément.
Lire ses résultats de transaminases ALAT sans surréagir
Le réflexe de chercher la signification d’un résultat de prise de sang est compréhensible, mais l’interprétation dépend de données que le patient n’a pas : antécédents, traitements en cours, résultats des autres marqueurs hépatiques, contexte clinique global.
Un taux d’ALAT légèrement élevé sur un unique dosage ne signifie pas une maladie du foie. Un taux normal ne l’exclut pas non plus. C’est le médecin qui croise ces résultats avec l’ensemble du bilan de santé et décide de la suite.
Le dosage de l’alanine aminotransférase SGPT garde toute sa place dans le dépistage hépatique, à condition de ne plus le considérer comme un verdict à lui seul. En 2026, la lecture d’un bilan hépatique fiable passe par le croisement de plusieurs marqueurs sanguins et, quand le contexte l’exige, par une imagerie du foie qui mesure ce que le sang ne montre pas.

